Le 21 avril, La Tranche sur Mer -
Marans, 52km.
Je prends mon petit déjeuner en ville
et comme c'est jour de marché, les commerçants s'installent et
c'est sympathique : ils se connaissent et discutent. Je
m'installe dehors, au soleil, c'est la première journée où la
température est douce dès le matin. Il est entre 8 et 9 h. Je
retourne au camping pour démonter et ranger mon barda, puis sur
l'indication de la femme à l'accueil du camping retourne dans le
centre car il y a la (le?) wifi à l'office de tourisme. Quel
changement ! Le marché est très animé et coloré. On voit que
ce sont les vacances, beaucoup de familles se promènent.

Quatre hommes d'une cinquantaine d'année sont installés à une table: ce sont apparemment des commerçants qui cassent la croûte en milieu de matinée: ballon de rouge et charcuterie. Ca discute dur et ils ont l'air d'avoir du bon temps.Je traîne
un peu dans le marché après avoir posé mon vélo. Il y a trop de
monde pour circuler avec. J'achète du bon fromage à la crémière
avec qui j'avais échangé quelques mots plus tôt ce matin :
nous n'arrivions ni l'une ni l'autre à faire tenir nos vélos dans
le porte-vélo !
A l'office du tourisme j'obtiens le
code et me connecte. Je blogue jusqu'à la fermeture à 12h30.
Puis je prends la route. Il fait chaud
et le vent souffle de face. Ce n'est pas très sensible au début
mais en sortant de La Tranche, la piste suit la mer et je perds en
vitesse facilement 2-3 km/heure tout en fournissant des efforts plus
importants. Il y a un peu de répit à L'Aiguillon sur Mer, car
d'abord je m'y arrête pour boire à l'ombre un orangina et quand je
repars, la route suit une digue et est abritée. De curieux escaliers
permettent d'accéder sur la digue.
L'Aiguillon sur mer est
spécialisée dans la conchéiculture, comme l'atteste la photo,

mais
je ne suis pas sûre que ce sont des huîtres qu'on y élève. La
commune a été touché fortement par la tempête Xynthia avec des
parties de la digue emportées, mais reconstruite depuis. Lorsque la
route vire en s'éloignant de la digue, le vent se fait sentir de
plus belle. D'autant plus que c'est un pays de polder et c'est très
plat et découvert. La terre a été gagnée sur la mer par la construction de
digues successives, 1,5 km / siècle si j'en crois les explications
données par un panneau. Cela se voit bien sur la carte où les
digues et les canaux forment des arcs de cercle concentriques. Une
digue s'appelle « digue de 1771 », une autre la digue du
Maroc. Après quelques kilomètres dans les champs de blé et
d'autres champs fraîchement semés, j'entends des détonations mais
je ne m'inquiète pas : ce sont des tirs pour éloigner les
oiseaux des semences. Je vois même dans un champ, un cerf-volant en
forme de rapace. Je me demande si les oiseaux ne sont pas assez
malins pour ne pas être dupes.
Je m'approche d'une hauteur, sorte
d'île au milieu d'une mer de blé en herbe.
Il s'agit de La Dive, qui s'élève
brutalement au dessus des polders.
Elle a été littéralement transformée
en île pendant le tempête, comme l'atteste cette photo tirée de
« Ouest France ».
Je me demande si la route doit y
monter, mais par chance, elle en fait le tour.
Les fleurs bleues qu'on aperçoit sont de la bourrache. Il en pousse beaucoup sur les talus.
J'en ai un sachet à la maison, il serait peut-être temps que je le sème.
Des blocs de cette
falaise ont servi à construire les digues. Une fois les digues
édifiées, des moulins à eau pompaient l'eau, dont l'évacuation
était assurée par des étiers ou canaux. Des plantes comme la salicorne aidaient à dessaler la terre.
Le lien suivant renvoie à une carte
montrant la montée des eaux durant la tempête. On y voit aussi
nettement l'aspect concentrique des digues et la succession dans le
temps de l'avancée de la terre sur la mer puisque les digues sont
désignées par l'année de leur construction.
La route se poursuit toujours contre le
vent et j'ai très faim, mon petit déjeuner est loin, il est 3
heures de l'après-midi et je n'ai grignoté que quelques cacahuètes.
J'arrive à St Michel en l'Herme où j'achète des carottes râpées
toutes préparées. En général, je les évite car elles sont toutes
ramollies, mais ce coup-ci elles m'ont parues fantastiques, elles
étaient toutes aussi ramollies mais c'était très frais et avec une
morceau de pain je me suis régalée. La faim est le meilleur
conseiller en « gastronomie » après tout.
Il fait 30°, dixit le panneau lumineux
au -dessus de la pharmacie. Heureusement, en vélo, le vent du
déplacement permet de se rafraîchir. C'est quand on s'arrête que
la chaleur vous tombe dessus. Je retrouve peu après le village une
piste sans voitures, elle roule bien mais n'est pas goudronnée. Je
profite de cette sécurité pour enlever mes lunettes : mon nez
est très rouge mais le tour de mes yeux est très blanc ! Ce
n'est pas une bonne idée, je ne vois pas bien et après quelques
kilomètres, je renonce à un visage de couleur uniforme.
Je roule au milieu des prés, on
abandonne un peu les champs cultivés, mais on ne voit âme qui vive.
A un moment j'aperçois au loin (eh
oui, j'ai remis mes lunettes) un cycliste chargé. Il tire une
remorque mono-roue et on échange quelques mots, apparemment heureux
l'un comme l'autre de rencontrer un autre voyageur. Il vient du sud
et va vers Challans pour un temps, puis reprendra sa route vers le
nord. Il fait parti de warmshower et s'il passe vers Redon il est
bienvenu à la maison. En plus, il est plutôt canon, même si je
pourrais être sa grand'mère.
Plus loin, c'est une dame d'une
quarantaine d'année, qui est venue en voiture de l'Isère pour
remonter la côte en visitant les îles : Oléron, Ré ,
Aix puis Noirmoutiers. Elle m'indique un passage dans quelques
kilomètre où il faut ouvrir une barrière et passer au milieu des
moutons. Chacune reprend sa route et effectivement :
Il faut ouvrir une barrière et le chemin roule en haut de la digue où se prélassent les moutons.
Ils ne sont pas nerveux,
je
m'approche vraiment près pour qu'ils daignent se lever et
s'éloigner nonchalamment.
Plus loin, une ancienne écluse (construite en 1740), transformée depuis en pont, permettait au canal de rester navigable même à marée basse et rendait possible l'accès à Luçon aux navires de haute mer. Cette écluse donnait directement sur la mer alors qu'aujourd'hui le mer est à plusieurs kilomètres.
je vois
des insectes, qui me semblent être des fourmis volantes. Elles
s'abritent de la chaleur en couvrant exactement la zone d'ombre du
poteau. C'est étonnant, je n'avais jamais vu ça.
Tout un réseau de vannes assure le contrôle du niveau de l'eau.
J'aperçois des mâts au dessus de la
digue, c'est un petit port sur un canal.
Entre deux arbres m'apparaît le
clocher d'une église. J'arrive bientôt à Marans, ce n'est pas trop
tôt: 50 et quelques kilomètres contre le vent, ça me suffit pour
aujourd'hui. Mais je ne le vois plus ensuite. Je suis peut-être
comme les Dupond et Dupont dans le désert, voyant des mirages. Mais
non, je retrouve ce clocher un peu plus loin et j'arrive à Marans
par la base nautique où est appontée une caravelle !
Même
modernisée, je la reconnais bien.
Je demande à un homme à cheveux blanc
où se trouve le camping. Il me dit que c'est sur sa route et si je
le suis jusqu'après le tournant à gauche au feu rouge, je n'aurai
qu'à continuer tout droit. D'accord, et il monte dans sa voiture,
une mercédès. Nous voilà partis. Il pense sans doute qu'il se
traîne, mais j'ai du mal à le suivre à 18km/, ce que je ne fais
jamais en ville. Puis il s'engage dans une petite rue pavée :
si mon vélo et mon postérieur ne se sont pas déglingués, c'est
que c'est du solide. J'entends mes sacoches bringuebaler derrière !
Je serre les dents, le guidon et les fesses, et je continue. Ca ne dure pas plus de
800m.
Le camping municipal est très
agréable, au bord d'un ruisseau. Les moustiques apprécient beaucoup
l'endroit aussi et n'hésitent pas à piquer à travers mon legging
et mon t-shirt à manches longues. Puis c'est au tour du réchaud de
se renverser avec mon repas qui se répand dans l'herbe. C'était un
peu impressionnant car les flammes sont devenues beaucoup plus
hautes, mais j'ai éteint immédiatement le gaz et tout est rentré
dans l'ordre. Donc, le menu : poulet basquaise aux herbes de la
prairie, fromage, fromage blanc et fruits. J'avais une tablette de
chocolat mais il a fait trop chaud pour elle : elle n'a pas
supporté et a déclaré forfait.